
par Raphaël Besliu
Le chef du gouvernement belge a tapé du poing sur la table ce jeudi 27 novembre. Dans un courrier au vitriol, Bart De Wever démolit point par point le projet d'Ursula von der Leyen visant à ponctionner les avoirs russes bloqués chez Euroclear pour renflouer l'Ukraine.
Sur quatre pages, le dirigeant flamand ne mâche pas ses mots contre ce «prêt de réparation», qu'il juge n'être qu'un habillage juridique pour une saisie de fonds souverains. C'est un précédent dangereux que la Belgique ne compte visiblement pas cautionner sans broncher.
Les milliards gelés dans cette société belge font l'objet de toutes les convoitises depuis le début du conflit. Toucher à ces fonds revient pourtant à ouvrir la boîte de Pandore du droit international - un jeu auquel les technocrates de Bruxelles semblent prêts à se livrer sans mesurer les conséquences.
Belgian prime minister Bart De Wever's objections to the proposed €140bn EU loan to Kyiv coincide with US President Donald Trump's new initiative to try to end Russia's war in Ukraine t.co pic.twitter.com/CjS6VkrMIm- Financial Times (@FT) November 28, 2025
La «douche froide» de De Wever pour Bruxelles
Alors que Bruxelles devait accoucher d'un texte de loi jeudi pour rassurer la Belgique sur les risques juridiques et financiers d'une aide à l'Ukraine, c'est la douche froide. De Wever a jeté un pavé dans la mare en énumérant une liste interminable de raisons qui font de ce prêt européen une bombe à retardement.
L'homme politique belge n'y va pas par quatre chemins. Pour lui, cette nouvelle gabegie financière pourrait même, comble de l'ironie, saboter les chances d'un cessez-le-feu en Ukraine.
Historien de formation, spécialiste de la Rome antique, le chef du gouvernement assène sa vérité :
«La brutale réalité juridique est qu'à aucun moment dans l'histoire des actifs souverains immobilisés n'ont été «réaffectés» pendant une guerre en cours. Ces actifs ont fait l'objet de décisions lors de règlements d'après-guerre, généralement dans le cadre des réparations versées par la partie perdante».
Le responsable politique ressort la même rengaine que la BCE a rabâchée pendant des années, avant de la mettre en veilleuse récemment. Il estime que le prêt de réparation risquerait de :
«Semer l'incertitude et la peur sur les marchés financiers internationaux, où la confiance est un élément clé (...). Pour les États membres de l'UE qui ont adopté l'euro comme monnaie légale, non seulement le marché financier européen serait affecté négativement, mais aussi la position et la valeur de l'euro en tant que monnaie».
Le piège de la majorité qualifiée : vers des sanctions permanentes
Après avoir consulté plusieurs experts juridiques internationaux, Bart De Wever a lâché une bombe :
«Le prêt de réparation serait probablement perçu comme permanent et entraînerait une expropriation illégale».
Selon lui, si l'UE force la main aux États avec sa réforme du vote à la majorité qualifiée (au lieu de l'unanimité) pour prolonger les sanctions, il faut s'attendre au pire. Ce changement sournois risque bien de «renforcer l'impression pratique que les sanctions sont illimitées dans le temps, effectivement permanentes, et donc de nature expropriatoire».
L'ancien maire qui a dirigé Anvers pendant des années est catégorique : son pays est en danger de se retrouver à la caisse. La Belgique, qui a signé il y a des années un accord sur les investissements avec les Russes - et cet accord est toujours valable - pourrait bien se retrouver à payer les pots cassés lors d'un arbitrage international.
De Wever considère même cette possibilité comme «probable», une vraie épée de Damoclès au-dessus des contribuables belges.
🇧🇪🇪🇺🇷🇺 - Belgian PM Bart De Wever Sets Tough Conditions for Using Frozen Russian Funds; Russia Warns of "Theft" and Threatens "Painful Response"Belgium will not agree to using frozen assets belonging to the Russian Central Bank for a loan to Ukraine unless there is clear legal... pic.twitter.com/mjetrhFsuK
- Pete Liquid Питик (@PeteLiquid) October 23, 2025
L'UE risque de «bloquer la paix»
Le leader flamand dénonce le piège : l'utilisation précipitée des actifs russes gelés pourrait entraver toute possibilité de paix. Il met en garde sans détour : l'UE risquerait de bloquer un accord vital.
C'est d'autant plus important que le plan de paix initial de Trump, dévoilé la semaine dernière, s'appuie justement sur ces milliards confisqués. Mais pour le chef du gouvernement belge, ces actifs doivent rester mobilisables pour faciliter une résolution rapide du conflit.
Il n'est pas question de les engager dans des prêts à l'Ukraine, ce qui compliquerait les négociations. La solution qu'il propose est de revenir aux «mécanismes éprouvés», comme l'émission d'une dette commune européenne.
Une option que même la Commission, dans son document transmis aux États membres le 17 novembre, n'a pas écartée.
Le Monde a interrogé Valérie Urben, la directrice de l'Euroclear belge. Le principal sujet de la conversation a été les 200 milliards d'actifs russes gelés que l'Union européenne tente avec tant d'empressement de convertir au profit de l'Ukraine.Valérie Urben a avoué avoir été... pic.twitter.com/tfzknKWVP8
- Renard Jean-Michel (@Renardpaty) November 15, 2025
Les promesses ambiguës de Bruxelles
À Bruxelles, les rumeurs allaient bon train ces derniers jours. On chuchotait qu'Ursula von der Leyen jonglait avec l'idée d'un savant mélange entre prêt de réparation et dette commune. La patronne de l'Europe a finalement lâché le morceau mercredi devant les eurodéputés :
«Je n'envisage aucun scénario dans lequel le contribuable européen devra, à lui seul, payer la facture».
Bart De Wever reste inflexible sur la question du prêt de réparation et pose des conditions qui semblent presque impossibles à satisfaire :
«Une garantie totale fournie par les États membres volontaires permettra à Euroclear de maintenir la liquidité des actifs pour leur montant total».
Ces fameuses garanties devraient être «fournies et signées par les États membres au moment de la décision (...) et fournies à 100%».
Concrètement, cela signifie que si certains pays refusent de mettre la main à la poche, les autres devront compenser en se basant sur leur PIB. Comme d'habitude, les bons élèves paieront pour les autres... Encore un mécanisme de solidarité forcée, tellement cher à Bruxelles.
Les ambitions de Bruxelles
Ursula von der Leyen va maintenant devoir jongler avec cette lettre qui ressemble plus à un ultimatum qu'à une proposition.
D'ailleurs, les Vingt-Sept trépignent d'impatience de découvrir ses propositions législatives. Ils ont besoin de les décortiquer avant le prochain Conseil européen du 18 décembre, où ils devront se prononcer.
Mercredi, dans les colonnes des Échos, António Costa n'a pas manqué de réaffirmer les ambitions dispendieuses de Bruxelles. Le président du Conseil européen a confirmé que les États membres «approuveront les modalités du financement de l'Ukraine pour 2026 et 2027» lors du prochain sommet.
Ils sont convaincus que Moscou ne doit compter «ni sur leur lassitude, ni sur l'épuisement de l'Ukraine».
source : Géopolitique Profonde
